Situation d’apprentissage : Affronter les changements climatiques

Affronter les changements climatiques.

De Greta Thunberg à la résistance des premières nations

 

Par Pierre Després

Devant l’urgence climatique, le Canada doit-il abandonner l’exploitation pétrolière et gazière émettrice de 16,9 % des gaz à effet de serre au pays, au bénéfice de sources d’énergie plus carboneutre ? Ou doit-il, à court terme, s’engager dans la construction de pipelines qui permettent d’exporter nos réserves d’énergie fossile tout en finançant avec les profits la transition énergétique vers une économie carboneutre ? Ces questions soulèvent des enjeux économiques de premier plan pour les Canadiens : en 2018, 62 000 Canadiens travaillaient dans les industries pétrolières et gazières ; le Canada était alors le sixième exportateur mondial de pétrole et son secteur énergétique comptait pour 11,2 % (230 milliards) de son PIB (produit intérieur brut). Une partie significative de cette activité économique est concentrée dans les provinces de l’Ouest canadien, notamment en Alberta dont le niveau de vie de la population dépend largement de l’industrie pétrolière.  Alors, dans un tel contexte, comment concilier la prospérité des Canadiens et les impératifs de la lutte aux changements climatiques ?

 

Gaz à effet de serre

Certains gaz présents naturellement dans l’atmosphère terrestre contribuent à retenir la chaleur près de la surface de la Terre. Ils sont appelés « gaz à effet de serre » (GES) et formés essentiellement de vapeur d’eau, de dioxyde de carbone (CO2 ou gaz carbonique), de méthane (CH4), de protoxyde d’azote (N2O) et d’ozone (O3).

Carboneutre

Qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ou à compenser les émissions qui n’ont pu être réduites, en posant des actions écologiquement responsables.

Émissions de GES : un défi partagé

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Émissions de gaz à effet de serre, Canada, 1990 à 2017

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Ces questions soulèvent les passions partout au pays. Les dernières élections fédérales canadiennes d’octobre 2019 ont porté sur de tels enjeux environnementaux. Sur le plan politique, le pays est apparu très divisé sur ces questions.

Rappelons les faits. Le 29 mai 2019, le gouvernement fédéral annonçait l’achat du projet de Pipeline Transmontains à la compagnie Kinder Morgan dans le but d’en poursuivre la construction et d’assurer ainsi un débouché commercial au pétrole canadien. Les opposants à ce projet d’expansion du pipeline Transmontains par le gouvernement canadien craignaient des fuites de pétroles qui pourraient contaminer les territoires qu’il était appelé à traverser. Parmi eux, des communautés autochtones – qui envisageaient le pire pour leurs terres ancestrales – se sont fermement opposées à ce projet, pendant que d’autres y voyaient une source d’enrichissement pour leur communauté.

Pendant l’élection fédérale ce débat régional s’est répercuté sur la scène nationale opposant les électeurs de l’Ouest canadien plus sensible aux arguments économiques et ceux de l’est plus critique des conséquences environnementales de la commercialisation de « l’or noir » canadien. Un conflit de valeur loin d’être résolu aujourd’hui où le gouvernement canadien s’apprête à poursuivre la construction de ce pipeline.

Agir dans l’urgence

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Des militants du collectif Extinction rébellion brandissent leur banderole sur le pont Jacques-Cartier le 10 octobre 2019. Ce mouvement mondial de désobéissance civile en lutte contre l’effondrement écologique et le réchauffement climatique a été lancé en octobre 2018 au Royaume-Uni. Photo : Radio-Canada / Ivanhoé Demers

Comment faire entendre sa voix dans ce débat de société si crucial pour l’avenir de notre pays et de la planète ? Quel rôle la société civile peut-elle jouer ? La voie démocratique et parlementaire suffit-elle à répondre à l’urgence ?

En votant pour des partis politiques qui correspondent à nos valeurs, nous cherchons à faire élire des partis qui vont faire avancer notre cause. Toutefois, certains affirment que la voie parlementaire est insuffisante lorsque l’on est confronté à l’urgence d’agir face à l’échéancier que nous impose le réchauffement climatique.

Depuis quelque temps, les actions de toutes sortes se multiplient pour mobiliser la population dans la lutte contre les changements climatiques. La jeune Greta Thunberg est devenue l’égérie de millions de jeunes, et de gens de tout âge, qui l’ont suivi dans des manifestations monstres — à Montréal, il y avait un demi-million de personnes en septembre 2019 — un peu partout dans le monde. D’autres, comme le mouvement Extinction rébellion ont choisi la désobéissance civile en menant parfois des actions d’éclat illégales qui visaient à saisir la population de l’urgence d’agir. Nos actions sont moralement justifiées, ont-ils affirmé, même si elles sont illégales. Pour l’instant, ces formes de lutte extraparlementaires sont demeurées pacifistes.

 

La désobéissance civile

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En invitant les noirs Américains à résister pacifiquement à certaines lois racistes américaines, Martin Luther King incitait ses concitoyens à la désobéissance civile. Il fut assassiné à Memphis, le 4 avril 1968.

« On parle de “désobéissance civile” lorsque des citoyens, mus par des motivations éthiques, transgressent délibérément, de manière publique, concertée et non violente, une loi en vigueur, pour exercer une pression visant à faire abroger ou modifier ladite loi par le législateur (désobéissance civile directe) ou à faire changer une décision politique prise par le pouvoir exécutif (désobéissance civile indirecte).

La désobéissance est dite “civile”, d’abord, parce qu’elle est le fait de “citoyens” : ce n’est pas une rupture de citoyenneté ni un acte insurrectionnel. Il s’agit d’une manifestation de “civisme” au sens fort : volonté d’œuvrer pour l’intérêt général, même au prix de risques personnels. Le fait que la désobéissance civile soit nécessairement publique, et recherche même la médiatisation la plus forte (ce qui la distingue nettement de l’infraction criminelle), s’inscrit dans ce même registre du civisme : l’acte vise à éveiller la conscience des autres citoyens, à susciter un débat ».

 

Résistances autochtones et défense de l’environnement

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Greta Thunberg à Montréal en septembre 2019 avec des représentants des peuples autochtones. Écouter son discours à Montréal.

Dans son intervention à la manifestation de Montréal contre les changements climatiques, Greta Thunberg souhaitait voir les peuples autochtones prendre la tête du mouvement. En effet, certaines communautés autochtones au Canada sont au cœur de cette lutte. La nation Witsuwiten, peuple autochtone de la Colombie-Britannique, en est un bon exemple. Ils ont choisi d’empêcher la construction du gazoduc de la Coastal Gas Link Pipeline Ltd (filiale de Trans Canada Pipe Lines, aujourd’hui rebaptisé TC Energy) vers Kitimat dont le tracé est prévu passer sur leur terre ancestrale. Portons notre regard sur cette petite communauté du nord de la Colombie-Britannique.

 

 

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Le territoire revendiqué par les Wistuwiten en Colombie-Britannique et le tracé en rouge du pipeline projeté.

 

Le peuple Witsuwiten et leur lutte

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Le chef Na MOks de la première nation Witsuwiten affirme qu’à titre de chef héréditaire, il détient le pouvoir sur les terres ancestrales de sa nation et que tout projet de pipeline qui passe sur son territoire devra avoir l’assentiment de sa communauté.

Voici une toute petite communauté (2 500 personnes) qui fait face aux puissantes entreprises de l’industrie pétrolière et gazière. Ils revendiquent un territoire sur lequel il affirme avoir des droits ancestraux. C’est au nom de ces droits territoriaux qu’ils interdisent l’accès à leurs terres à la compagnie gazière. Toutefois cette communauté des premières nations demeure divisée sur l’attitude à adopter : les chefs élus ont signé une entente avec les promoteurs du pipeline, alors que les chefs héréditaires leur refusent le droit de passage ; des postes contrôle interdisent l’accès aux personnels de la Costal Gaz Link Pipeline.

 

 

 

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Pour en savoir plus, visionner le documentaire Invasion de Franklin Lopez.

Si vous avez des questions, vous pouvez joindre le réalisateur à cette adresse : frank@amplifier.network.

La violence politique

Un soldat fait face à un autochtone de la communauté mohawk de Kanesatake pendant la crise d’Oka en 1990. Une crise politique majeure qui donna lieu, de part et d’autre, à différentes manifestations de violences politiques.

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Un soldat fait face à un autochtone de la communauté mohawk de Kanesatake pendant la crise d’Oka en 1990. Une crise politique majeure qui donna lieu, de part et d’autre, à différentes manifestations de violences politiques.

Concept utilisé en sciences sociales et politiques qui fait référence à « des destructions [ou] des atteintes physiques dont le but, le choix des cibles ou des victimes, la mise en œuvre et/ou l’effet ont une signification politique et tendent à modifier le comportement des protagonistes dans une situation de négociation » (Philippe Braud, La violence politique dans les démocraties européennes occidentales, p. 272). Le concept recouvre de nombreuses activités. Dans le contexte de conflits armés, son spectre comprend des actes ou des événements comme la tentative isolée d’assassinats, la guérilla locale ou à petite échelle, la rébellion armée ou la résistance, le terrorisme politique, l’état de terreur, la répression ou la guerre. La violence politique s’exprime également en dehors de conflits armés, par exemple au travers du contrôle social exercé par l’État.

 

 

Questions

  1. La compagnie Coastal Gas Link Pipeline a obtenu une injonction de la Cour suprême de la Colombie-Britannique autorisant la construction de leur pipeline. Dans la vidéo (à la cinquième minute), on voit les représentants de la compagnie faire face aux membres de la communauté à un point de passage. Quels sont les arguments de part et d’autre ? Deux conceptions de la justice semblent s’affronter ici, lesquelles ? Que pensez-vous de cet échange ?
  2. Un peu plus loin dans le documentaire (sixième minute), on assiste à un affrontement entre les forces de l’ordre et des membres de la communauté qui vont conduire, ce 7 janvier 2019, à l’arrestation de 14 membres de cette communauté. Des moyens de lutte s’opposent ici, lesquels ? La résistance passive des Witsuwiten, peut-elle être associée à de la désobéissance civile (voir le texte de David Thoreau qui suit) ? Du côté, de la GRC, peut-on parler de violence politique ? Cette violence politique, vous apparait-elle justifiée ?
  3. Dans ce reportage (14e minute), comment une militante de la communauté explique-t-elle que certaines personnes de sa communauté ne soient pas impliquées dans la lutte ?
  4. À plus long terme, quel moyen d’action propose-t-on à la fin de cette vidéo pour protéger l’intégrité du territoire de cette communauté ?

 

Entre moralité et légalité

La désobéissance civile

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Le philosophe américain Henry David Thoreau (1817-1862)

(…) Après tout, la raison pratique pour laquelle, le pouvoir une fois aux mains du peuple, on permet à une majorité de régner continûment sur une longue période ne tient pas tant aux chances qu’elle a d’être dans le vrai, ni à l’apparence de justice offerte à la minorité, qu’à la prééminence de sa force physique. Or un gouvernement, où la majorité règne dans tous les cas, ne peut être fondé sur la justice, même telle que les hommes l’entendent. Ne peut-il exister de gouvernement où ce ne seraient pas les majorités qui trancheraient du bien ou du mal, mais la conscience ? où les majorités ne trancheraient que des questions justiciables de la règle d’opportunité ? Le citoyen doit-il jamais un instant abdiquer sa conscience au législateur ? À quoi bon la conscience individuelle alors ?

Je crois que nous devrions être hommes d’abord et sujets ensuite. Il n’est pas souhaitable de cultiver le même respect pour la loi et pour le bien. La seule obligation qui m’incombe est de faire bien. On a dit assez justement qu’un groupement d’hommes n’a pas de conscience, mais un groupement d’hommes consciencieux devient un groupement doué de conscience. La loi n’a jamais rendu les hommes un brin plus justes, et par l’effet du respect qu’ils lui témoignent les gens les mieux intentionnés se font chaque jour les commis de l’injustice. Le résultat courant et naturel d’un respect indu pour la loi, c’est qu’on peut voir une file de militaires, colonel, capitaine, caporal et simples soldats, enfants de troupe et toute la clique, marchant au combat par monts et par vaux dans un ordre admirable contre leur gré, que dis-je ? contre leur bon sens et contre leur conscience, ce qui rend cette marche fort âpre en vérité et éprouvante pour le cœur.  (…)

Henry David Thoreau La désobéissance civile

Questions

  1. Thoreau oppose la conscience morale d’un individu et le système de justice d’un État démocratique. L’auteur affirme que notre conscience doit avoir préséance sur le gouvernement et son système de justice lorsqu’il s’agit de distinguer le bien du mal. Qu’en pensez-vous ? Pourriez-vous appliquer cette réflexion de Thoreau à l’affrontement entre le gouvernement canadien et la nation Witsuwiten ?
  2. Commentez la phrase suivante : « Je crois que nous devrions être hommes d’abord et sujets ensuite. Il n’est pas souhaitable de cultiver le même respect pour la loi et pour le bien. »

 

Conclusion

Nous avons porté notre attention sur la lutte aux changements climatiques en prenant pour exemple le peuple Witsuwiten et son combat contre le passage sur ses terres du pipeline de TC Energy. Dans cette lutte, des moyens extra parlementaires ont été utilisés : occupation du territoire, barrage routier, etc. Ailleurs au pays, on a assisté à d’autres formes de lutte : le blocage du pont Jacques-Cartier par le collectif Extinction rébellion en octobre 2019, les grèves et manifestations étudiantes initiées par la militante environnementaliste Greta Thunberg, etc.

Que pensez-vous de ces moyens d’action ? Vous semblent-ils justifiés dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques ?

Répondez à ces questions en tenant compte des éléments suivants :

  • L’impact de ces moyens d’action sur l’opinion publique.
  • Le recours ou non à la violence.
  • L’impact que ces moyens d’action peuvent avoir sur les populations concernées.
  • La valeur morale de ces actions.


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