Situation d’apprentissage: les réserves autochtones au Canada

images

Les réserves autochtones au Canada contribuent-elles à protéger l’identité des nations autochtones ou au contraire à exacerber la discrimination envers ces dernières ?

Histoire

Il y a des réserves autochtones au Québec depuis le début du régime français. La première de ces réserves — réserves de Sillery — a été établie près de la ville de Québec en 1637 par les Jésuites. On y trouvait en 1745 une population de 167 autochtones convertis au christianisme. De telles réserves vont se multiplier au Québec tout au long du 18e et du 19e siècle. (Larry Villeneuve, Historique des villages et réserves indiennes du Québec, Affaires indiennes et du nord Canada, 1984.) À la fin du 19e siècle, les réserves seront soumises à la Loi sur les Indiens du Canada (1876)

UnknownLa Loi sur les Indiens de 1876 met en quelque sorte les autochtones du Canada sous la tutelle du gouvernement fédéral qui décide pour eux de ce qui constitue leur bien. Le gouvernement canadien fixe les règles de vie sur les réserves autochtones au Canada et détermine qui peut être considéré comme un « indien » dûment inscrit au registre canadien des affaires autochtones et du nord.

La Loi sur les Indiens est une loi fédérale qui visait explicitement l’assimilation des autochtones du Canada. En effet, on souhaitait par la mise en place de réserves sédentariser les autochtones, leur faire abandonner leur langue au bénéfice de la langue anglaise et leur spiritualité au bénéfice des valeurs des religions chrétiennes. Au fil du temps, des amendements à la loi vont préciser ces visées assimilationnistes. « En 1884 on interdira une pratique religieuse, le « potlatch »; en 1920, on leur interdira de porter leurs costumes traditionnels. En 1933, « Le gouvernement conservateur de Richard Bennett fera adopter un amendement à la Loi sur les Indiens forçant l’émancipation (perte du statut d’indien) de tout Indien qui obtient un diplôme universitaire ».

Unknown

Dans la période plus récente, les travaux de Commission royale sur les peuples autochtones (mieux connu sous le nom de Commission Erasmus-Dussault 1991-1996) ont permis d’atténuer les mesures trop ouvertement assimilationnistes de la loi originale.

Même si cette loi a été modifiée à de nombreuses reprises, elle demeure toujours en vigueur et reste, de l’avis même du premier ministre Justin Trudeau, une honte pour le Canada.

 

Le fonctionnement des réserves

Dans les réserves amérindiennes, les conseils de bandes sont responsables de l’administration des services à la communauté, dont la santé et l’éducation. Ils ont également un rôle politique en représentant la population auprès des gouvernements fédéral et provincial et en négociant avec eux des ententes sur leurs droits. Ces conseils sont composés d’un chef et de conseillers.

La réserve : un territoire qui appartient exclusivement à la Couronne

Bien que de nombreux Amérindiens croient que les réserves leur appartiennent en droit, la Loi sur les Indiens stipule que le titre (NDÉ Propriété des terres) des réserves est confié à la Couronne (NDÉ Gouvernement du Canada). Cette même loi interdit la “cession” et la vente de terres d’une réserve par un Amérindien ou une bande à quiconque, sauf à la Couronne.

Les Amérindiens qui occupent à titre individuel des lots dans une réserve ne peuvent obtenir un acte de propriété ou un titre ordinaire, mais peuvent se procurer des certificats leur conférant un certain degré de protection contre des réclamations d’autrui. Ce titre individuel ou “billet d’occupation” peut être transféré entre membres d’une même bande seulement. Les terres de la réserve qui ne sont attribuées à personne sont considérées comme propriété commune de la bande.

Les Amérindiens sont donc privés du droit de propriété du sol; les biens sur les réserves ne peuvent être saisis, d’où l’impossibilité pour eux d’emprunter de l’argent, car ils ne peuvent hypothéquer aucun bien immobilier.

La pauvreté des réserves

Les conditions sociales dans la plupart des réserves reflètent la négligence historique et politique dont a fait preuve le Canada envers les populations de descendance amérindienne. À titre d’exemple, seul un tiers du territoire réservé convient à l’agriculture, et un sixième à l’élevage du bétail.

Les réserves au Canada cumulent les pires conditions de santé, de logement et de services sociaux et de santé comparativement au reste du pays. Encore aujourd’hui, l’éloignement et l’isolement de la plupart des réserves contribuent au fort taux de chômage chez les Amérindiens. Le chômage touche environ 25 % de la population en âge de travailler, et atteint des taux beaucoup plus élevés dans les réserves éloignées où les économies traditionnelles se sont effritées. Sur le nombre d’Amérindiens qui détiennent un emploi, 75 % travaillent dans une réserve.

Malgré tout, un sentiment d’attachement

En dépit des conditions déplorables qui y règnent, les réserves représentent pour de nombreux Amérindiens la dernière preuve tangible qu’ils étaient les premiers peuples du Canada. (…).

Ces réserves entretiennent le sentiment d’indianité et permettent l’existence ou la renaissance des croyances spirituelles, des valeurs et des dialectes communs. Le mode de vie, les valeurs traditionnelles et les liens de parenté que ces communautés entretiennent contribuent à façonner l’identité des Amérindiens et à assurer leur équilibre.

Pour bon nombre d’entre eux, malgré les privations qu’on y trouve encore, la réserve est un foyer physique et spirituel. Les défenseurs des réserves estiment que sans elles, les Amérindiens seraient forcés de s’assimiler à la société canadienne et que, par l’assimilation, nombre de leurs problèmes actuels ne seraient plus entendus (…)

Un sentiment prévaut parmi les Amérindiens : la loi leur a été imposée et l’injustice originelle est l’œuvre de l’homme blanc qui se doit de la réparer en satisfaisant, entre autres, les revendications territoriales et la lutte contre la pauvreté (Ensemble pour le respect).

Identité et discrimination

fig1_1497451848169_fra

La population autochtone au Canada était de 1 400 685 individus en 2011

 Caractéristiques de la population autochtone au Québec

La population indienne inscrite au Québec s’est accrue de 21,4 % de 1998 à 2010, passant de 61 026 à 74 097 Indiens inscrits. Cette augmentation correspond à un taux de croissance annuel moyen de 1,6 %. En 2010, la population autochtone inscrite au Québec représente 9,0 % de l’ensemble de la population autochtone canadienne inscrite au Canada. La très grande majorité des autochtones inscrits au Québec vivent sur une réserve (70,7 %), soit un pourcentage beaucoup plus élevé par rapport à la moyenne canadienne (55,7 %).

Racisme et discrimination

Dans, Comprendre le racisme (Centre de collaboration nationale de la santé autochtone), Charlotte Reading distingue différentes formes d’exclusion sociale fondées sur le racisme et la discrimination engendrées par la loi sur les Indiens du Canada :

– Exclusion de la société publique

– Exclusion des biens collectifs

– Exclusion de la production collective

– Exclusion de la consommation collective

Questions

Après avoir lu le texte de Charlotte Reading répondez aux questions suivantes :

  1. À partir des catégories d’exclusion établie par Charlotte Reading, donnez des exemples concrets des différentes formes d’exclusion que vivent les autochtones ?
  2. Quelles distinctions fait l’auteur entre un racisme épistémique, un racisme relationnel et un racisme structurel ?
  3. Recherche sur le racisme épistémique : À partir de vos manuels scolaires du secondaire en histoire et en ÉCR, portez attention à la façon dont on décrit les rapports entre les communautés autochtones et les non-autochtones au Canada. Les différentes formes d’exclusion mentionnées précédemment sont-elles présentées dans ces ouvrages ? Parle-t-on ouvertement dans ces ouvrages de racisme et de discrimination envers les autochtones ? Selon vous, comment pourrait-on présenter de façon plus juste l’histoire et la vie actuelle des autochtones ?

Aller plus loin

Poursuivez votre réflexion en confrontant l’image proposée par les manuels scolaires du secondaire avec le livre de Thomas King, L’Indien malcommode : une histoire insolite des Autochtones d’Amérique du Nord, Édition du Boréal, 2014.

Peuple invisible

Je ne crois pas être capable de cesser de crier ce qui est injuste
Regarde notre réalité et les mensonges qu’on nous incruste
Je n’ai pas la force de comprendre toute cette discrimination
J’ai la force et le courage de crier pour ma nation
Il est temps qu’on avance, qu’on se rassemble pour la cause
Qu’on arrête de se détruire par l’alcool et la coke
Qu’on leur prouve qu’on est des hommes et qu’on est fier de qui on est
S’ils nous traitent de sauvages, on s’en fout, on est des guerriers
On a pas encore saisi toute leur mentalité
Car pour vous dire la vérité ils ont essayé de nous déraciner
Ce que je trouve le plus lourd c’est le visage des ainés
Ceux qui portent l’histoire et l’espoir des nouveau-nées
Mais je viens briser le silence, la honte et la gêne
D’un peuple invisible comme dirait Desjardins
Je parle encore de nos souffrances et leur mention dans mes gènes
Comme nous a dit Kery James c’est le cri des indigènes
On a beau dire qu’on s’en sort, mais les blessures sont immenses
Car une partie de notre histoire est enfouie sous le silence
Je n’arrive toujours pas à croire qu’ici on nous ignore
Et quand ils ont fondé ce pays, ils ont préféré nous voir morts
Le gouvernement s’est excusé pour l’histoire des pensionnats
Ils ont signé des chèques pour nous prouver leurs échecs
Je peux vous dire que le maléfice est la souffrance qui nous achève
C’est une question identitaire, c’est nos souvenirs qu’ils achèvent
Ils adhèrent à des lois pour essayer de nous faire taire
Mais nous on se souvient qu’on vit ici depuis des millénaires
Dans ce pays, on est des minorités
Car ils refusent de signer la charte des droits et libertés
Ils nous ont même traités de créatures sans âme
Essaie d’imaginer un saule pleureur sans larmes
Une forêt sans arbres, un monde sans arbres
Je te jure que mes textes viennent du fond de mon âme

Samian

Questions

  1. Qui sont Richard Desjardins et Kery James ?
  2. Dans son texte, Samian met de l’avant certaines valeurs qui devraient selon lui former l’identité autochtone. Quelles sont ces valeurs ?
  3. Que reproche Samian aux non-autochtones dans leur rapport aux autochtones ?
  4. Identifier différentes manifestations de discrimination mentionner par l’auteur. À quelle catégorie (Charlotte Reading) de discrimination associeriez-vous ces formes de discrimination ?
  5. Identifier dans ce texte des passages qui renvoient à différentes formes de violence politique.

Réserves autochtones et violence politique

Unknown-1

La pendaison de Louis Riel à Ottawa le 16 novembre 1885.

L’histoire des peuples amérindiens au Canada a été marquée par plusieurs épisodes de violence politique. Dans un grand nombre de cas, la propriété de la terre en était l’enjeu. La plus célèbre est certainement la guerre qui a opposé le gouvernement du Canada et les communautés Métis de l’Ouest canadien à la fin du 19e siècle. Les Métis sont un peuple au Canada descendant à la fois des Européens et des Amérindiens. Le peuple métis est un des trois peuples autochtones du Canada avec les Amérindiens et les Inuits. La Cour suprême du Canada a reconnu au métis le statut d’indien (2016). Toutefois, les métis ne sont pas reconnus comme des « Indiens » au sens de la loi sur les Indiens et ne peuvent donc vivre sur les réserves indiennes à ce titre. Cette guerre gagnée par le gouvernement canadien conduira à la pendaison du chef des métis du Manitoba, Louis Riel.

 

La crise d’Oka

Plus près de nous, il y a un peu plus de 25 ans, une crise politique éclatait en banlieue de Montréal sur la réserve de Kanesatake à Oka. Les Mohawks de la réserve affrontèrent alors la police provinciale du Québec.

 

Questions

  1. Quelles étaient les revendications des métis de Louis Riel et des Mohawks de Kanesatake ?
  2. On qualifie de « violence politique » les affrontements qui marquèrent ces deux conflits. Expliquez en quoi ces violences sont politiques.

Recherche sur la violence politique. Le Canada a été marqué par plusieurs épisodes de violence politique depuis la confédération.

  1. Faites une recherche pour identifier certains de ces épisodes dans l’histoire canadienne.
  2. Dans les exemples que vous avez trouvés, quelles étaient les revendications à l’origine de ces violences politiques ?
  3. Le ou les conflits politiques que vous avez identifiés s’inscrivaient-ils dans un contexte de discrimination envers des groupes minoritaires au Canada ? Les questions identitaires jouaient-elles un rôle dans ces conflits ?
  4. Selon vous, de façon plus globale, la violence politique peut-elle être associée à une cause juste ? Est-elle alors justifiée dans une société démocratique ?

Abolir ou non les réserves ?

Sans titre

Polémique engendrée par le dépôt du rapport du coroner Me Bernard Lefrançois à la suite de son enquête publique portant sur cinq suicides survenus dans la communauté d’Uashat Mak Mani-Utenam en 2015.

Pour l’abolition

Dépôt du rapport d’enquête publique du coroner

14 janvier 2017

Le Bureau du coroner annonce le dépôt du rapport du coroner Me Bernard Lefrançois à la suite de son enquête publique portant sur cinq suicides survenus dans la communauté d’Uashat Mak Mani-Utenam en 2015.

Rappel des faits

Entre le 10 février 2015 et le 31 octobre 2015, cinq décès par suicide sont survenus dans la communauté innue d’Uashat Mak Mani-Utenam, composée d’environ 3 400 habitants et située dans les limites de la ville de Sept-Îles. M. Charles Junior Grégoire-Vollant, 24 ans, Mme Marie-Marthe Grégoire, 46 ans, Mme Alicia Grace Sandy, 21 ans, Mme Céline Michel-Rock, 30 ans, et Mme Nadeige Guanish, 18 ans, se sont enlevé la vie durant ce court laps de temps.

L’objectif du coroner et de son enquête était de deux ordres : examiner les causes et circonstances de chacun des décès, lesquelles sont détaillées dans le rapport, et en faire une analyse commune afin de mieux comprendre la problématique liée au suicide dans les communautés autochtones, plus particulièrement celles d’Uashat Mak Mani-Utenam et de Kawawachikamach, d’où était originaire Mme Alicia Grace Sandy.

Analyse

Si chaque personne décédée avait une histoire personnelle et une trajectoire de vie bien à elle, toutes étaient autochtones et en proie à une souffrance individuelle sur fond de mal-être collectif vécu par l’ensemble d’une communauté ou par un groupe d’individus vivant dans une communauté, retient le coroner. Ce constat soulève la question des conditions de vie de ces communautés et du manque de moyens pour pallier les difficultés généralement associées au suicide, toutes notées relativement à l’un ou l’autre des cinq décès :

  • présence de troubles mentaux;
  • abus et dépendance à l’alcool et aux drogues ou autres dépendances;
  • idéation ou tentatives de suicide antérieures;
  • difficultés conjugales ou éclatement de la famille;
  • exposition au suicide d’un proche;
  • comportements violents, agressifs ou impulsifs;
  • difficultés économiques, perte d’emploi;
  • problèmes avec la justice;
  • abus et négligence subis, famille dysfonctionnelle;
  • problèmes sociaux, rejet, intimidation.

Il ressort de l’enquête que les Autochtones en général sont plus touchés et concernés par le manque d’emploi, la pauvreté, la consommation d’alcool et de drogues, la criminalité et l’incarcération, la violence conjugale, le décrochage scolaire, le placement d’enfants et le suicide que les autres groupes démographiques. Pour prévenir le suicide chez les Autochtones, il faut donc améliorer les conditions de vie dans leurs communautés, ce qui comprend les conditions économiques, culturelles, sociales et communautaires.

Or, malgré tout l’argent et les efforts investis par les divers paliers de gouvernement au cours des dernières décennies, malgré les traités et les ententes signées et les nombreuses discussions et négociations, peu de choses changent. Pour espérer une amélioration, estime Me Lefrançois, il faut aborder les problèmes et envisager les solutions différemment.

Le régime des réserves

De l’avis du coroner, le problème majeur de base réside dans le régime d’apartheid dans lequel les Autochtones sont plongés depuis 150 ans sinon plus.

En effet, la Loi sur les Indiens, archaïque et désuète, établit deux sortes de citoyens : les Autochtones et les non-Autochtones. Campés et souvent malheureux dans des réserves où ils ne peuvent ni se développer ni s’émanciper, il leur est aussi pénible de les quitter sous peine d’être rejetés par leurs pairs et de perdre leur identité. Comment envisager un avenir meilleur dans ce contexte ?

Les Autochtones doivent être plus à même de se définir eux-mêmes, de renforcer leur identité, d’échapper au racisme et de maintenir leur culture tout en se projetant dans le 21e siècle. Il cite en exemple la cohabitation plutôt harmonieuse des Innus avec les habitants de Sept-Îles, à la faveur de divers partenariats avantageux pour les deux communautés.

Ces améliorations sociales sont cependant improbables dans la conjoncture actuelle, juge le coroner, et il revient aux autorités et aux décideurs politiques tant autochtones que non autochtones de réévaluer la raison d’être du régime des réserves.

Les ressources

La personne en détresse ne sait pas toujours vers qui se tourner ni vers quelle ressource, résume Me Lefrançois. Le cas de Mme Alicia Grace Sandy soulève d’ailleurs le problème des ressources disponibles dans la communauté de Kawawachikamach, où un corps de police naskapi sert de premier répondant mais ne peut offrir un service 24 heures par jour, 7 jours par semaine, faute de fonds octroyés par les autorités du Canada et du Québec.

Le Centre local de services communautaires semble par ailleurs assumer un rôle important quant aux questions de santé en général, mais des lacunes sont observables pour les questions de santé mentale. Il n’y a pas de psychologue sur place ni de ressources en hébergement pour aider les personnes aux prises avec des problèmes de consommation de substances intoxicantes. Les Naskapis doivent se rendre à Montréal pour obtenir des services de traitement ou de thérapie, principalement parce qu’ils ne parlent que l’anglais et le naskapi.

Mme Sandy avait intégré un centre à Montréal, mais avait mis fin à son traitement avant terme. Ce que font malheureusement plusieurs Autochtones qui ne se reconnaissent pas dans des ressources peu adaptées à eux et loin de leur réalité.

Quant aux services à Uashat Mak Mani-Utenam, ils sont nombreux considérant qu’ils visent une population d’un peu plus de 3 000 personnes. Plusieurs problèmes sont couverts, bien que lorsqu’on aborde la question du suicide ou des personnes en crise suicidaire, il devient difficile de comprendre qui fait quoi et comment, note le coroner. Ainsi, des décès surviennent parce que certaines personnes se faufilent ou sont oubliées à défaut de ressources humaines suffisantes ou de coordination.

Le Centre de prévention du suicide de la Côte-Nord est en outre très peu utilisé par les Autochtones, notamment faute de répondants qui parlent l’innu ou le naskapi. Le Centre investit beaucoup d’efforts pour se faire connaître, mais force est de constater que les efforts en ce sens ne donnent que peu de résultats vu la réticence des Autochtones à utiliser ce service dans lequel ils ne se reconnaissent pas.

L’alcool et la drogue

L’alcool et les stupéfiants sont inextricablement liés aux problèmes sociaux chez les Autochtones, souligne Me Lefrançois. Qu’il s’agisse de violence, de criminalité, de protection de la jeunesse ou de suicide, les substances intoxicantes font presque toujours partie du tableau.

Les produits intoxicants ont d’ailleurs joué un rôle de premier ordre dans le décès des cinq personnes concernées par l’enquête, et des 44 personnes qui se sont suicidées dans la communauté d’Uashat Mak Mani-Utenam depuis 1994, 40 présentaient une dépendance à l’alcool ou aux drogues.

Le coroner encourage les autorités, comme les conseils de communauté, à être plus proactives dans la sensibilisation aux problèmes liés à la consommation d’alcool et de stupéfiants, par exemple en finançant davantage de programmes de thérapie ou de réadaptation axés sur des séjours prolongés en forêt afin que les membres de la communauté en bénéficient.

Recommandations

Globalement, le coroner Lefrançois considère que les cinq suicides qui ont été l’objet de son enquête étaient évitables. À la lumière des faits qui lui ont été exposés et de son analyse des problématiques sous-jacentes à ces décès, il formule de nombreuses recommandations au bénéfice des personnes d’Uashat Mak Mani-Utenam et d’autres communautés.

La liste de ces recommandations étant très longue, elle peut être consultée dans la section à cet effet du rapport du coroner, lequel est disponible en versions française, anglaise et innue dans l’onglet Calendrier des enquêtes publiques de la page d’accueil du site Internet du Bureau du coroner.

 

Contre l’abolition

Abolir les réserves, vraiment ?

Le Devoir, 17 janvier 2017 | Sébastien Grammond et Christiane Guay — Respectivement professeur de droit à l’Université d’Ottawa et professeure de travail social à l’Université du Québec en Outaouais

Certains mots ne doivent être employés qu’avec le plus grand soin. Ce qui fait la manchette dans le rapport du coroner Bernard Lefrançois concernant les suicides dans la communauté innue d’Uashat mak Mani-Utenam, c’est que la Loi sur les Indiens crée un système d’apartheid et que seule l’abolition des réserves permettra d’améliorer la situation des peuples autochtones.

Il n’y a pas de doute que, durant une bonne partie de ses 150 ans d’existence, le gouvernement canadien a adopté une politique paternaliste, selon laquelle l’assimilation à la société eurocanadienne était la meilleure chose qui pouvait arriver aux Autochtones. Afin d’atteindre cet objectif, plusieurs générations d’enfants autochtones ont été envoyées dans les pensionnats. En 2015, la Commission de vérité et réconciliation a qualifié cette politique de génocide culturel. Elle a aussi montré que les pensionnats ont toujours des répercussions profondes sur les générations actuelles.

Ces politiques présentent certaines analogies avec le système d’apartheid qui a eu cours en Afrique du Sud jusqu’en 1994. Il serait cependant naïf de croire que les solutions adoptées dans ce pays puissent être transposées sans nuances à la relation que le Canada entretient avec les peuples autochtones. Abolir la différence de statut pouvait se justifier dans un cas où cette différence permettait à 10 % de la population de dominer les autres 90 %.

Cependant, au Canada, abolir les réserves équivaudrait à priver les peuples autochtones de tout ce qui leur reste de leur territoire. Ce serait éliminer la base territoriale sur laquelle ils peuvent développer leur autonomie gouvernementale. Ce serait, sous une autre forme, un retour à la politique d’assimilation tant décriée.

 

Différence autochtone

Abolir les réserves n’est pas une idée nouvelle. En 1969, le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau avait, dans un « livre blanc », proposé l’abrogation de la Loi sur les Indiens et l’octroi de la « pleine citoyenneté » aux Autochtones, pour leur permettre de s’intégrer à la société. La réaction des peuples autochtones a été si vive que le gouvernement a dû abandonner le livre blanc et s’engager graduellement dans des politiques qui valorisent la différence autochtone.

En réalité, les peuples autochtones cherchent à préserver leur identité et leur différence. Ils veulent contrôler leur propre destinée à l’aide de leurs propres institutions politiques. Voilà une chose que les Québécois devraient être bien placés pour comprendre. Cette idée est parfaitement formulée dans l’article 5 de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones des Nations Unies : « Les peuples autochtones ont le droit de maintenir et de renforcer leurs institutions politiques, juridiques, économiques, sociales et culturelles distinctes, tout en conservant le droit, si tel est leur choix, de participer pleinement à la vie politique, économique, sociale et culturelle de l’État. »

Pour progresser vers cet idéal, il faudra réviser de nombreuses politiques gouvernementales qui contiennent toujours une dose de paternalisme. Il se peut que des pans importants de la Loi sur les Indiens soient appelés à être modernisés ou remplacés. Cependant, c’est un leurre que de croire à la disparition du statut spécifique des Autochtones et à l’abolition des réserves.

Le rapport du coroner Lefrançois contient une autre affirmation malheureuse. Selon lui, « [m]algré tout l’argent et les efforts investis au cours des dernières décennies, […] peu de choses changent ». Le coroner ne disposait cependant d’aucune preuve à ce sujet.

Pourtant, le coroner émet une longue liste de recommandations relatives aux lacunes des services offerts aux peuples autochtones en matière de prévention du suicide. La mise en œuvre de ces recommandations, qui sont fort pertinentes, exigera des ressources financières importantes. De plus, la plupart de ces recommandations visent la mise sur pied de services spécifiquement conçus pour les Autochtones. Elles contribuent donc à renforcer la différence autochtone plutôt que de chercher à l’effacer.

On peut contraster ces commentaires à la décision rendue par le Tribunal canadien des droits de la personne en janvier 2016. S’il y a discrimination, elle réside dans le sous-financement des services offerts aux peuples autochtones et dans le fait que ces services ne sont pas adaptés aux cultures autochtones. Réclamer la « fin de l’apartheid » n’est qu’un slogan simpliste qui ne devrait pas nous détourner des efforts considérables qu’il reste à faire pour rendre justice aux peuples autochtones.

Questions

  1. Identifier les arguments en faveur et les arguments contre l’abolition des réserves.
  2. De quelles façons les questions de discrimination et d’identité interviennent-elles dans ces argumentaires ?
  3. Après avoir pris connaissance de La déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (2007), considérez-vous que cette déclaration est conciliable avec l’existence des réserves indiennes au Canada ? Justifiez votre réponse.
  4. Produisez un texte argumentatif en répondant à la question suivante : Les réserves autochtones au Canada contribuent-elles à protéger l’identité des nations autochtones ou au contraire à exacerber la discrimination envers ces dernières ?Si


Catégories :2017-2018: Intégration, discrimination et violence politique, Situations d'apprentissage

Laisser un commentaire

Pour oublier votre commentaire, ouvrez une session par l’un des moyens suivants :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :