Situation d’apprentissage: doit-on tolérer les groupes radicaux non violents ?

Au nom de la liberté de conscience et d’expression, peut-on accepter que des groupes radicaux, même s’ils sont non violents, expriment – notamment sur le Web – des idées qui vont à l’encontre de certains droits fondamentaux et de certaines valeurs de la majorité de la population ?

Il existe toutes sortes de mouvements, d’organisations et de groupes radicaux non violents. Cela peut comprendre des mouvement sociaux, des mouvements révolutionnaires, des organisations féministes, des organisations politiques extrémistes (de droite comme de gauche), des groupes environnementalistes, des groupes religieux (que l’on trouve dans différentes religions), etc.

Approfondissons l’étude du radicalisme non violent en mettant le projecteur sur deux groupes très différents : les anarchistes pacifiques et les salafistes quiétistes. Tous deux remettent en question certains principes de base des sociétés démocratiques. De plus, les seconds contestent certaines valeurs de ces mêmes sociétés et certains droits fondamentaux de la personne qui y sont reconnus.

Les anarchistes non violents

De façon générale, les anarchistes non violents rejettent toute autorité et toute contrainte exercée par le pouvoir quel qu’il soit. Notons qu’il existe également des anarchistes qui utilisent la violence ou l’encouragent. Nous nous concentrerons ici sur les opinions des groupes non-violents. Le mot clé pour comprendre l’opinion des anarchistes est «liberté». Prenons par exemple le groupe anarchiste montréalais « liberterre ». Ces anarchistes rejettent le fonctionnement de la société actuelle et la légitimité d’un gouvernement démocratique, car celui-ci n’est souvent élu la plupart du temps que par une partie des électeurs. Ils croient à « l’autogestion  et l’organisation autonome des peuples ». Ce qui implique que le peuple prenne ses décisions par lui-même sans gouvernement. Comment ? Grâce à des assemblées où les citoyens prennent des décisions. Toutefois, ils ne sont pas pour le chaos. Ils insistent seulement sur le principe que seul le peuple est légitime pour décider. Les anarchistes de Liberterre pensent qu’il est impossible de réformer le système actuel. C’est pourquoi ils s’attachent à « attiser la révolte et construire un mouvement émancipateur » qui doit mener à long terme à la révolution (c’est-à-dire un changement total de système). « Attiser la révolte » prend la forme de regroupements, de discussions, d’ateliers de réflexions, de débats, de diffusion d’idées, de manifestations ou actions publiques symboliques non violentes. Leurs revendications touchent également l’environnement (lutte contre « l’asservissement de la nature ») et les injustices sociales (lutte contre le capitalisme).

Généralement, les groupes anarchistes insistent sur l’importance de l’action politique. Cette action prend des formes très variées en fonction des groupes : publications, distributions de tracts, manifestations, actions symboliques (s’enchaîner à des arbres par exemple), boycotts, grèves ou actes de désobéissance civile pacifique. Cette dernière consiste à désobéir à une loi sans que cela porte atteinte à la vie d’une personne ou à sa dignité dans le cas de la désobéissance pacifique. Notons toutefois que certains groupes comme Liberterre acceptent l’« autodéfense » c’est-à-dire l’utilisation de la violence pour se protéger en cas d’agression. Un acte de désobéissance civile peut être par exemple occuper un pont pour dénoncer une injustice pendant l’heure de pointe, occuper un lieu public illégalement pour y mettre une bannière prônant la révolution ou encore refuser de payer ses impôts. L’action politique de certains anarchistes peut même aller jusqu’à décider de ne pas travailler ou encore de ne pas coopérer avec les autorités.

Les salafistes quiétistes

Les salafistes quiétistes sont issus d’un courant religieux au sein de l’islam sunnite qui met de l’avant une doctrine reposant sur une interprétation littéraliste du Coran et de la sunna (règles morales approuvées par le Prophète, second fondement de l’islam après le Coran (Petit lexique pour comprendre l’islam et l’islamisme, Hasni Abidi, Édition Érick Bonnier, 2015). Le salafisme prône un islam considéré plus en harmonie avec la religion telle qu’elle était à l’origine et avec la vie du Prophète. Ce courant religieux « condamne toute interprétation théologique, en particulier par l’usage de la raison humaine, accusée d’éloigner le fidèle du message divin, (…) toute influence occidentale, comme le mode de vie et la société de consommation, mais également la démocratie et la laïcité.» Les salafistes quiétistes n’ont pas pour but comme certains islamistes de changer la société par la participation politique ou encore par le djihad (au sens de « guerre contre les hérétiques » – sens utilisé par les groupes extrémistes violents (Petit lexique). Ainsi, Ils ne prônent pas la violence. Concrètement, ils se contentent de mettre de l’avant un style de vie qu’ils considèrent en harmonie avec leurs valeurs. C’est en mettant en place des changements dans le mode de vie des croyants et en faisant l’apologie du renouvellement de la foi authentique qu’ils espèrent voir une évolution dans la société, dans laquelle politique et religieux ne feraient qu’un. Bien que le salafisme ne constitue pas un mouvement uni, certaines de leurs valeurs peuvent être en contradiction avec l’égalité hommes-femmes (par exemple : refus de la mixité entre les hommes et les femmes ou encore port du voile intégral pour certaines femmes), ou encore avec l’idée de la séparation entre le religieux et la vie politique (sécularisation). Leurs valeurs peuvent également s’opposer à la liberté d’expression (certaines choses ne peuvent être dites sur Dieu par exemple). Leur rejet du mode de vie occidental peut se traduire par « une attitude de retrait », un « refus d’intégration sociale », et la pratique d’une morale très rigoriste. Ils s’opposent également à la démocratie ou à toute avancée démocratique (par exemple en Arabie saoudite).

Pour une meilleure compréhension des enjeux éthiques et politiques de cette mise en situation, consultez les Dispositions législatives : les chartes des droits et le Glossaire (extrémisme, radicalisation, etc.).

Définitions utiles

  • État de droit : État dans lequel certains droits fondamentaux soient reconnus juridiquement : liberté (d’association, d’opinion, de culte, de circulation) – égalité (dont l’égalité hommes-femmes), sécurité, propriété.
  • Sécularisation : processus de séparation des institutions religieuses et des institutions civiles (gouvernement, écoles…).
  • Tolérance : 1. Politique publique qui admet la liberté de conscience et de culte. 2. Attitude morale de respect des valeurs des autres.

Les droits

  1. À votre avis, selon la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, peut-on exprimer sur le Web et les réseaux sociaux des discours radicaux comme ceux qui ont été décrits ci-dessus? Justifiez votre réponse en vous basant sur la Charte des droits et libertés.

Les valeurs concernées

  1. Le discours anarchiste non violent est-il un discours radical ? Justifiez votre réponse à partir de cette définition de « radicalisme ».
  2. Le discours salafiste quiétiste non violent est-il un discours radical ? Justifiez votre réponse à partir de cette définition du « radicalisme »
  3. Quelles sont les valeurs des anarchistes d’un côté et des salafistes quiétistes de l’autre ?
  4. À quels principes de base de notre société s’opposent les anarchistes ? Expliquez votre réponse. (Voir les définitions utiles ci-dessus)
  5. À quels principes de base des sociétés démocratiques et à quels droits fondamentaux s’opposent les salafistes quiétistes ? Expliquez.
  6. Le discours des anarchistes non violents contrarie-t-il vos valeurs ? Expliquez.
  7. Le discours des salafistes quiétistes contrarie-t-il vos valeurs ? Expliquez.
  8. Reformulez en vos propres mots ce que les anarchistes et les salafistes quiétistes dénoncent ou critiquent.
  9. Trouvez-vous acceptable que ces types de discours radicaux soient diffusés sur le Web et dans les médias sociaux. Au nom de quelles valeurs et de quels principe démocratiques ?

Les conséquences sur soi, sur autrui et sur la situation

  1. Ces types de discours radicaux non violents prennent une certaine place sur le Web et dans les réseaux sociaux (textes, vidéos, images, posts sur Facebook, etc.). Ils contestent parfois certaines valeurs communes aux sociétés démocratiques et certains des droits fondamentaux reconnus par ces sociétés. À ce titre, constituent-ils une menace à la sécurité publique ? Justifiez votre réponse.
  2. La diffusion de ce type de discours peut-elle avoir des conséquences négatives ? Pour vous-même ? Pour ces groupes eux-mêmes ? Pour les autres personnes ? Pour la société ? Justifiez votre réponse.
  3. La diffusion de ces types de discours peut-elle avoir des effets positifs ? Sur vous-même ? Sur les groupes eux-mêmes ? Sur les autres personnes ? Sur la société ? Justifiez votre réponse.

Réflexion éthique et politique

  1. Répondez à la question initiale : au nom de la liberté de conscience et d’expression, peut-on accepter que des groupes radicaux même non violents expriment des idées sur le Web qui vont à l’encontre de certains droits fondamentaux et de certaines valeurs de la majorité de la population ?
  2. Avez-vous des recommandations (d’actions concrètes à mettre en place) afin que la diffusion sur le Web de ces discours radicaux non violents soit compatible avec la liberté d’expression et la sécurité publique ?


Catégories :2015-2016: Radicalisation et extrémisme violent sur le net, Situations d'apprentissage

Laisser un commentaire

Pour oublier votre commentaire, ouvrez une session par l’un des moyens suivants :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :