Exposé: les médias

Unknown.jpegDéfinition

Médias est le pluriel du mot latin médium (« moyen »). Il est aussi une abréviation de la locution anglo-américaine mass media, « moyens de communication de masse ». Selon le Larousse, procédé de diffusion de l’information « constituant à la fois un moyen d’expression et un intermédiaire transmettant un message » écrit, sonore ou audiovisuel.

Comprendre les médias

Les concepts clefs pour comprendre les médias selon l’Association for Media Literacy de l’Ontario:

  • Les médias sont des constructions. Ils sont des fabrications soigneusement conçues qui reflètent de nombreuses décisions découlant de plusieurs facteurs.

  • Les productions médiatiques proposent des versions de la réalité. (…) Les médias sont responsables de la majorité des observations et des expériences à partir desquelles nous bâtissons notre compréhension du monde et de son fonctionnement.

  • Différents auditoires interprètent les messages médiatiques de façon différente. (…) Chacun de nous y « trouve » des significations , ou en « adapte » le sens selon des facteurs individuels : les besoins personnels et les craintes, les plaisirs et les soucis de la journée, des points de vue liés à des considérations de race ou de genre, le contexte familial et culturel, l’aspect moral, et ainsi de suite.

  • Les messages médiatiques ont des intérêts commerciaux. Le but de l’éducation aux médias est de favoriser la sensibilité aux considérations commerciales exerçant une influence sur les médias ainsi qu’aux moyens utilisés pour agir sur les contenus, les techniques et la distribution.

  • Les messages médiatiques sont porteurs de contenus idéologiques et de valeurs. Les médias grand public véhiculent, explicitement ou implicitement, des messages idéologiques concernant notamment des questions comme les caractéristiques d’une bonne vie, les bienfaits du consumérisme, le rôle des femmes, l’acceptation de l’autorité ou le patriotisme inconditionnel.

  • Les messages médiatiques ont des incidences sociales et politiques. Les médias exercent une grande influence sur l’élaboration des politiques et le changement social.La forme et le contenu sont étroitement associés dans les messages médiatiques. Comme le faisait observer Marshall McLuhan, chaque média possède sa syntaxe propre et codifie la réalité de manière distincte (…).

  • Chaque média est doté d’une forme d’esthétique unique.

Duncan, Barry et al., Medias Literacy ressource guide, ministère de l’Éducation de l’Ontario et Association for Medias Literacy, Queen’s Printer for Ontario, Toronto, 1989. Tirée de L’éducation aux médias à l’ère numérique, PUM, 2016, p.32.

Comprendre les médias à l’ère numérique

Les 7 « C » de la pratique médiatique numérique contemporaine des jeunes.

  1. Communication — La principale fonction des médias dans l’environnement contemporain est la communication, qu’il s’agisse de communication entre pairs ou publique.

  2. Conscience —  L’affirmation de sa différence comme personne et comme groupe domine les pratiques médiatiques numériques des jeunes.

  3. Communauté — Témoigner de son appartenance à un groupe est au centre à la fois de la communication et de l’affirmation de son identité.

  4. Consommation (et surveillance) — Les jeunes sont constamment en train de consommer dans les environnements médiatiques contemporains et toutes leurs activités sont suivies à la trace par des experts en marketing.

  5. Convergence — Les jeunes effectuent constamment des transactions entre des plateformes médiatiques, et les messages médiatiques qu’ils consomment et créent sont de plus en plus morcelés en divers types de médias. De plus, le fonctionnement multitâches est inhérent à leur mode de vie.

  6. Créativité — Les jeunes produisent des médias, organisent des environnements médiatiques et jouent dans le cadre de simulation complexe (jeux vidéo).

  7. Copier-coller — Le nouvel environnement médiatique concerne le remix et le mixage, le recyclage et la modification de textes et d’images déjà existants. Le rapport au savoir et aux droits d’auteur a changé et le rôle des stratégies de maitrise de l’information de l’école est primordial.

Hoechsmann, Michael et Stuart R. Poyntz, Media literacy : A critical introduction, Wiley-Blackwell, Malden, MA, 2012. Tiré de L’éducation aux médias à l’ère numérique, PUM, 2016, p.42.

Liberté des médias

Selon Freedom House, 67% des utilisateurs d’Internet vivent dans des pays où l’on ne peut critiquer l’activité gouvernementale ou militaire sans faire l’objet de censure. Et 27% des utilisateurs des médias sociaux vivent dans des pays où des personnes ont été arrêtées pour avoir publié, partagé ou simplement «aimé» des contenus sur Facebook.

Toujours selon Freedom House seulement 13% de la population mondiale vit dans un pays où la liberté de presse est assurée.

Voir aussi: liberté de presse au Québec

 

Des réflexions critiques sur les médias

Marshall McLuhan

mcluhan

Pour écouter McLuhan.

Ouvrage de référence : Marshall McLuhan Pour comprendre les médias : les prolongements technologiques de l’homme, Édition le Points, collection Essais, 1995.

Les médias façonnent nos vies

« “Le message, c’est le médium”, cela signifie, à l’âge électronique, qu’un milieu totalement nouveau a été créé. Le “contenu” de ce milieu nouveau, c’est l’ancien milieu machiniste de l’âge industriel. Le nouveau milieu refaçonne l’ancien aussi radicalement que la télévision refaçonne le cinéma… »

« Le chapitre intitulé : « Le message, c’est le médium » apparaîtra peut-être plus clair si l’on souligne que toutes les technologies créent petit à petit un milieu humain totalement nouveau. Les milieux ne sont pas des contenants passifs, mais des processus actifs. » p.21 (Marshall McLuhan, Pour comprendre les médias: les prolongements technologiques de l’homme).

« L’enfant très jeune est comme le primitif : ses cinq sens sont utilisés et ont trouvé un équilibre. Mais les technologies changent cet équilibre ainsi que les sociétés. L’éducation développe un sens en particulier. Hier c’était la vue, par l’alphabet et l’imprimerie. Depuis plusieurs décennies, c’est l’ouïe. Et désormais, c’est notre système nerveux central. Video-Boy a été élevé par la télévision. Sa perception est programmée autrement, par un autre médium » (Jean Paré, Conversations avec McLuhan, Montréal, Boréal, 2010, p.22).

Théodor W. Adorno et Max Horkheimer

549721931-790x220 theodor-adorno-young

Les philosophes Max Horkheimer (à gauche) et Théodor W. Adorno (à droite)

Pour écouter Adorno

 

 

Une critique acerbe des médias, bien avant le Web

Ouvrage de référence: Théodor W. Adorno et Max Horkheimer La dialectique de la raison, Paris, Gallimard, coll. « TEL », 1974.

La charge menée contre les médias est en effet lourde : ils (Adorno et Horkheimer) leur reprochent de faire du public un « jouet passif », réduit à opiner, à absorber toute la matière qu’on lui présente. Les médias transformeraient les citoyens en consommateurs abêtis, objectivés, déshumanisés. Le spectateur serait une sorte d’homme générique, comme l’était l’ouvrier aliéné chez Marx, dont l’unité de condition consiste dans le fait qu’il a perdu toute fonction, et même toute capacité critique. Sa conscience devient à l’ère des mass medias une machine qui effectue des « opérations standardisées ». Le schématisme de l’entendement aurait disparu : les médiations entre les catégories et les phénomènes ne sont plus du ressort du sujet, mais de la « conscience des équipes de production » qui tracent pour les consommateurs, à leur place, les cadres leur permettant de saisir le réel. Même le moi au cœur de l’identité, qui se construit d’abord au sein de sphère d’intimité, est gangrenée par l’univers médiatique, ne serait plus qu’un « un produit breveté déterminé par la société », il se conforme à être ce que l’industrie culturelle lui impose. L’individu est intégré de force au système, il devient un maillon, une pièce d’une immense machine qu’il ne contrôle pas, il n’est plus qu’un « appareil ». (…)

(…) Le second pivot de leur critique des médias se situe au niveau de la notion d’idéologie qu’ils leur attribuent. Car en sus de rendre les individus homogènes, ils véhiculent l’idéologie du « statu quo ». Les médias font triompher le divertissement. Or celui-ci produit du consensus qui aurait pour but de légitimer la société, contrairement au conflit et au dissensus qui la remettrait en question. L’exemple du fait divers, qui envahit tous les types de médias, est une « acclamation de l’ordre existant » qui, sous des dehors fatalisants (il montre aux citoyens « qu’il y a toujours plus défavorisés qu’eux », que leur condition, même mauvaise, est un moindre mal) interdisent aux individus de vouloir une modification de leurs conditions d’existence. Cette célébration quotidienne du vide, de l’anodin sert à masquer toute perspective de changement et à étouffer toute critique.

Au final les médias, devenus unique référent de la pensée publique, sont, du point de vue d’Adorno et Horkheimer, considérés comme antidémocratiques, car ils empêchent les sujets, par le biais de réseaux de manipulation et de coercition, de penser par eux-mêmes et de produire des opinions indépendantes.

Ressource: La Théorie critique et les médias

Noam Chomsky

chomsky

Pour écouter Chomsky.

Ouvrage de référence : Noam Chomsky et Robert W. McChesney, Propagande, médias, démocratie, Ecosociété, 2000.

Dans les démocraties, les médias créent une illusion de liberté

Le Monde Diplomatique : (…) Chaque fois qu’on demande à un journaliste vedette ou à un présentateur d’un grand journal télévisé s’il subit des pressions, s’il lui arrive d’être censuré, il réplique qu’il est entièrement libre, qu’il exprime ses propres convictions. Comment fonctionne le contrôle de la pensée dans une société démocratique ? En ce qui concerne les dictatures, nous le savons.

Noam Chomsky : Quand des journalistes sont mis en cause, ils répondent aussitôt : « Nul n’a fait pression sur moi, j’écris ce que je veux. » C’est vrai. Seulement, s’ils prenaient des positions contraires à la norme dominante, ils n’écriraient plus leurs éditoriaux. La règle n’est pas absolue, bien sûr ; il m’arrive moi-même d’être publié dans la presse américaine, les États-Unis ne sont pas un pays totalitaire non plus. Mais quiconque ne satisfait pas certaines exigences minimales n’a aucune chance d’être pressenti pour accéder au rang de commentateur ayant pignon sur rue.

C’est d’ailleurs l’une des grandes différences entre le système de propagande d’un État totalitaire et la manière de procéder dans des sociétés démocratiques. En exagérant un peu, dans les pays totalitaires, l’État décide de la ligne à suivre et chacun doit ensuite s’y conformer. Les sociétés démocratiques opèrent autrement. La «  ligne  » n’est jamais énoncée comme telle, elle est sous-entendue. On procède, en quelque sorte, au «  lavage de cerveau en liberté  ». Et même les débats «  passionnés  » dans les grands médias se situent dans le cadre des paramètres implicites consentis, lesquels tiennent en lisière nombre de points de vue contraires.

Le système de contrôle des sociétés démocratiques est fort efficace ; il instille la ligne directrice comme l’air qu’on respire. On ne s’en aperçoit pas, et on s’imagine parfois être en présence d’un débat particulièrement vigoureux. Au fond, c’est infiniment plus performant que les systèmes totalitaires (…)

N’oublions pas comment s’impose toujours une idéologie. Pour dominer, la violence ne suffit pas, il faut une justification d’une autre nature. Ainsi, lorsqu’une personne exerce son pouvoir sur une autre – que ce soit un dictateur, un colon, un bureaucrate, un mari ou un patron –, elle a besoin d’une idéologie justificatrice, toujours la même : cette domination est faite «  pour le bien  » du dominé. En d’autres termes, le pouvoir se présente toujours comme altruiste, désintéressé, généreux. (…)

Entrevue avec Noam Chomsky (Le monde diplomatique, 2007).

Médias et radicalisation

steph_berthomet

Stéphane Berthomet, auteur et co-directeur de l’OSR

Écouter un reportage sur le rôle des médias sociaux dans la radicalisation

Sur le réseau CANOPÉ (Réseau de création et d’accompagnement pédagogique), lire cette réflexion sur le rôle des médias sociaux dans la radicalisation associée à des formes de violence extrême : Le réseau de création

Conditions de la radicalisation

Elle vise à effacer chez les adeptes toutes les valeurs précédemment acquises. Elle induit une rupture avec les modalités antérieures de comportements, de jugements et de valeurs. Elle tend à isoler les sujets de leurs liens et lieux de sociabilité (individuelle, familiale et collective). Elle peut entraîner une rupture avec la rationalité, et une marginalisation avec la société dont les signes avant-coureurs sont l’éloignement de l’environnement familial, éducatif, amical… Ces conditions génèrent une capacité à accepter l’action violente et à chercher des moyens d’information, de communication et de formation dans les médias et en particulier les sites spécialisés et les réseaux sociaux souvent sécurisés dont l’effet est d’autant plus grand que leur accès est protégé. L’engagement dans une communication active avec d’autres extrémistes via les réseaux sociaux augmente le facteur de risque, car il y a un plus gros effet de l’information extrémiste (propagande) lorsqu’elle est délibérément recherchée par les jeunes.

Définitions

Pour éviter les confusions et les amalgames, il faut bien clarifier les définitions, même si elles ne sont pas stables :

– par radicalisation, on désigne le « processus par lequel un individu ou un groupe adopte une forme violente d’action, directement liée à une idéologie extrémiste à contenu politique, social ou religieux, qui conteste l’ordre établi. » (Farhad Khosrokhavar, Radicalisation, Paris, 2014) ;

– la radicalisation est associée au terrorisme, car elle prône souvent l’adoption de la violence armée comme moyen légitime d’action ;

– les deux sont à distinguer du radicalisme qui relève de la poursuite de changements politiques par le biais de l’action militante, afin de modifier le statu quo et susciter une alternative.

Rôle des médias, notamment des réseaux sociaux

Les médias, dans leurs valeurs démocratiques de pluralisme, de liberté d’expression et de diversité des supports et des points de vue, sont utilisés à la fois par les mouvements extrémistes et ceux qui les combattent. Les réseaux sociaux présentent toutefois des caractéristiques qui en font un potentiel d’appui à la radicalisation : — interactivité et ubiquité : ils facilitent un usage actif et ils sont accessibles partout ; — interaction et lien entre vraie vie et cyberespace : ils permettent des prises de contact avec des personnes dans la vie réelle ; — contenus en changement permanent : ils sont dynamiques, proches de l’actualité et non-linéaires (pas d’autorité d’en haut) ; — contenus générés par les acteurs et les jeunes : ils donnent le sentiment d’une participation efficace et d’une écoute réactive ; — viralité et sérendipité : ils permettent de diffuser le même message par recommandation à beaucoup d’autres personnes, qui peuvent ainsi tomber dessus fortuitement.

Par conséquent, tous les discours, donc également des discours radicalisés, sont accessibles à tous moments. Ils permettent aux individus en recherche active d’informations radicales et d’échanges d’idées de trouver une offre construite à leur mesure : réponses à la fois simples et rapides à des questions de société douloureuses et/ou complexes (chômage, violence, non-droit), sentiment de trahison ou d’abandon des pouvoirs publics, impression de proposition de politique active contre l’injustice, identification de lieu d’accueil et d’appartenance. Cette offre est en cohérence avec les besoins cognitifs et affectifs des adolescents (sens aigu de l’injustice, besoin d’inclusion sociale, reconnaissance). Ainsi est-il possible de considérer que les réseaux sociaux, s’ils ne sont pas un point de départ de la radicalisation, peuvent en être des facilitateurs et des amplificateurs. Par ailleurs, l’attrait du mystère, le goût aiguisé pour une forme de secret et son dévoilement ou encore le frisson de la transgression informationnelle sont d’autres ancrages à ne pas sous-estimer.

Lien avec le complotisme

Les discours extrémistes, construits en ligne et hors ligne, tendent à conforter le sentiment d’injustice et de trahison, en se fondant sur l’idée que les médias, en collusion avec les autorités politiques, ne disent pas toute la vérité. Le complotisme, associé aux théories du complot, est en lien avec la propagande et sa diffusion dans les médias (contre-vérités ou rumeurs de manière difficilement détectable). Il pose des indices qui mettent en doute la représentation des médias grand public et les font soupçonner de complicité avec des intérêts obscurs et nocifs.

Le complotisme est augmenté par le numérique : celui-ci rend la transformation en ligne de tout document possible, avec de grandes capacités à cacher les signes permettant de détecter les faux, les manipulations sonores ou visuelles, les indices temporels, etc. De nombreux sites, blogs, vidéos présentent des événements connus et les démontent en proposant des interprétations différentes, qui viennent justifier les extrémismes.

Le complotisme touche donc aux limites légales de la liberté d’expression : le négationnisme, le racisme, l’antisémitisme et le discours de haine en général ainsi que l’incitation au terrorisme. Il affecte les valeurs de la République et pose un véritable défi à l’esprit critique et démocratique.



Catégories :2016-2017: Médias, propagande et radicalisation, Exposés

Laisser un commentaire

Pour oublier votre commentaire, ouvrez une session par l’un des moyens suivants :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :