Glossaire: la morale

Dynamique

Traditionnellement, la morale, qu’elle soit religieuse, philosophique ou idéologique, est un mode de régulation des comportements qui impose aux individus des devoirs pour faire le bien et éviter le mal au nom d’une autorité extérieure qui les édicte et qui les fonde.

En morale, une autorité extérieure (dieu, religion, nature, humanité, patrie) établit des normes, ce qui en fait un mode de régulation des comportements qui s’inscrit dans une approche d’hétérorégulation.

Si les autorités fondatrices de la morale sont nombreuses, nous ne pouvons passer sous silence l’importance des religions, où les dieux fondent les morales et définissent les actes bons et les mauvais.

La philosophie, de son côté, a sacralisé la nature, notamment avec l’idée d’un droit naturel auquel nous sommes subordonnés. Aussi, nous avons aujourd’hui le mouvement de l’écologie des morales naturelles et, dans le champ de la philosophie politique, une morale des droits de la personne.

Au plan politique, le patriotisme comme forme de morale dicte à l’individu les comportements à adopter en fonction de ce qui est bon ou mauvais pour la patrie.

La morale se présente comme un ensemble de règles, de principes et de normes regroupant les devoirs que l’individu doit accomplir dans ses sphères d’activités.

La morale a, par conséquent, un caractère contraignant, une dimension impérative, parce qu’elle oblige à accomplir un devoir tel que fixé par l’autorité. Ce devoir est fondé sur la dette, c’est-à-dire que nous avons le devoir de rendre ce que nous avons reçu (la vie, l’humanité, etc.) de l’autorité morale.

Ces devoirs sont porteurs de valeurs morales.

La valeur morale établit a priori une évaluation du bien et du mal. La morale dicte ainsi des devoirs (c’est-à-dire ce qui est bien de faire) qui découlent de cette évaluation et qui en actualisent les valeurs implicites.

La dimension impérative de la morale exige une discipline de la part de l’individu afin qu’il agisse en respectant l’ordre établi, c’est-à-dire la loi morale.

C’est par la discipline que l’individu peut respecter les prescriptions et les interdictions formulées par la morale afin qu’elles le guident dans ses décisions et qu’elles déterminent sa façon d’agir avec les autres.

Motivation

La motivation à acquérir la discipline menant à agir selon la morale est de deux ordres : la conviction et la sanction.

En morale, l’intériorisation par l’individu d’une conception précise de l’être humain, de la vie, du bien et du mal de même que la reconnaissance de la légitimité de l’autorité énonciatrice des devoirs forment le sens qui guide l’individu dans ses agissements.

L’intériorisation du sens véhiculé par la morale signifie qu’il y a appropriation par l’individu, et reconnaissance publique par celui-ci, que les conceptions de l’être humain, du monde et d’autrui véhiculées dans la morale sont les siennes.

Pour ce faire, l’individu doit aussi reconnaître la légitimité de l’autorité énonciatrice de la morale, que ce soit dieu, la nature, l’humanité ou la patrie.

Si la morale est bien intériorisée (c’est-à-dire qu’elle est acquise, qu’ellle est intégrée dans les habitudes et qu’elle teinte le raisonnement), la motivation à agir selon la morale est d’abord de l’ordre de la conviction.

Lorsque les conceptions morales sont intériorisées, elles deviennent des croyances profondes au point que l’individu les considère comme des vérités. C’est par cette conviction que la conscience affirme la vérité des représentations qui fondent les devoirs moraux et que l’individu s’engage à les suivre. En ce sens, plus une personne a un degré élevé de conviction envers les représentations qui cimentent le groupe, plus elle gouverne sa vie en fonction de la morale.

Par contre, si la morale n’est pas intériorisée, la motivation à agir selon les devoirs moraux est de l’ordre de la crainte de la sanction et de la punition.

Pour l’individu, la peur d’être exclu d’un groupe moral auquel il appartient et d’être puni ou réprimandé est une motivation très forte à agir dans le sens de la morale.

L’objectif de la morale est donc d’assurer la cohésion de la collectivité par le biais de l’intériorisation par l’individu d’une conception du bien et du mal édictée par une autorité, c’est-à-dire dans une perspective d’hétérorégulation.

Dispositifs

Les dispositifs qui favorisent l’implantation et le fonctionnement de la morale visent la connaissance et la transmission de celle-ci ainsi que le contrôle des comportements des membres de la collectivité.

Dispositifs qui favorisent la connaissance de la morale

Pour assurer une adhésion des individus à une morale, il faut d’abord et avant tout des dispositifs qui favorisent la connaissance de cette morale. Ces dispositifs peuvent être des chartes (les chartes des droits de la personne, par exemple), des textes sacrés (par exemple la Bible ou le Coran), les codes de bonne conduite (par exemple le catéchisme), les constitutions, etc.

Dispositifs qui favorisent la transmission de la morale (l’éducation morale)

En morale, non seulement il faut assurer la connaissance, il faut aussi des lieux où les individus se regroupent afin de stimuler leur engagement et mettre en pratique leur morale. Les églises, les lieux de culte, la famille, les regroupements et associations et les partis politiques sont des exemples de lieux de transmission de la morale et d’éducation à celle-ci.

L’éducation morale est ainsi centrale afin de permettre l’intériorisation et la transmission des principes par les individus. Pour ce faire, les stratégies suivantes sont celles auxquelles nous avons le plus souvent recours en éducation morale : bien faire comprendre le bien et le mal; encourager les individus qui font le bien, réprimander ou sanctionner ceux qui font le mal et donner le comportement exemplaire (prêcher par l’exemple).

Dans la culture québécoise, nous pouvons illustrer cet exemple par la morale catholique. Si, dans le passé, la connaissance des principes de la morale était rendue possible par le petit catéchisme qui édictait la bonne conduite, la transmission s’est faite grâce à l’enseignement de la religion catholique à partir d’institutions telles les églises et la famille.

Dispositifs de surveillance

Le contrôle des comportements de l’individu fait partie des dispositifs auxquels la morale recourt. Elles est assurée par une autorité, institutionnalisée ou non, notamment les pairs, la famille, l’église et la conscience. Un individu qui manque aux exigences morales, qui agit mal, peut avoir à subir la punition, l’exclusion, voire l’excommunication (dans le cas de la religion). L’exclusion est un dispositif fort important dans le champ de la régulation morale.

Boisvert, Yves, Legault, Georges A., Côté, Louis, Marchildon, Allison et Jutras, Magalie (2003). Raisonnement éthique dans un contexte de marge de manœuvre accrues : clarification conceptuelle et aide à la décision. Québec : Centre d’expertise en gestion des ressources humaines. Secrétariat du Conseil du trésor, p. 14 à 17.

 



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