Exposé: Le Net extrême

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Que font les réseaux extrémistes sur Internet ? En premier lieu, il faut souligner que, tout simplement, c’est 2016 pour eux aussi et que la plupart de leurs membres ont connu Facebook sur leur portable bien avant d’adopter une quelconque idéologie. L’usage des TIC est un fait social généralisé et la présence de groupes de tout acabit sur la Toile n’est en rien surprenante. Bref, ces groupes ne se distinguent de la majorité des utilisateurs ni par la fréquence, ni par l’intensité, ni par la manière dont ils utilisent les TIC.

Bien sûr, les groupes extrémistes utilisent les technologies disponibles pour leurs propres objectifs :

  • Pour recruter de nouveaux membres. – La plupart des groupes actifs sur la Toile désirent attirer de nouveaux membres; ce qui est particulier dans le cas des extrémistes, c’est que ni les recruteurs ni les recrues ne veulent que leurs activités soient connues, surtout pas par la police ou par d’autres organisations de contrôle. La clandestinité, l’obligation du secret et la confiance entre les membres du réseau (laquelle est longue à établir envers les nouvelles recrues) sont des éléments incontournables de la réalité des groupes extrémistes actifs sur la Toile. Les choses sont différentes pour des groupes basés à l’étranger et non soumis aux lois et aux autorités canadiennes : ils ont moins besoin de se cacher, surtout s’ils sont dans un État complaisant ou trop faible pour les inquiéter. Pour le moment, l’observation empirique ne décèle pas de lien entre les efforts de recrutement et l’arrivée réelle de recrues : en d’autres mots, il ne semble pas que le recrutement en ligne soit efficace. La grande majorité des individus sont recrutés en personne, en général par des pairs, des membres de la famille ou des personnes en autorité.
  • Pour soutenir le groupe financièrement. – Plusieurs groupes (mais pas tous) font un usage intensif des TIC pour financer leurs activités. Cela inclut des activités légales, par exemple des conférences, des séminaires et des sessions d’études, des voyages à l’étranger, mais aussi des activités illégales comme des attaques violentes. Cependant, il est facile de surestimer l’importance du financement d’actes terroristes, qui somme toute sont généralement très peu coûteux. On estime par exemple les coûts de l’attaque contre le vol 182 d’Air India en 1985, la pire tragédie due au terrorisme de l’histoire du Canada, à environ 3000 $, incluant deux billets d’avion pour l’Inde).
  • Pour soutenir le groupe moralement et politiquement. – La diffusion constante de propagande est un outil fondamental dans le maintien de la cohésion du groupe. Par exemple, on analysera et commentera chaque nouvel événement jugé pertinent pour le groupe de manière à démontrer que les objectifs politiques du groupe sont fondés, que ses leaders sont de grands penseurs qui ont tout compris ou qui sont en lien direct avec une source infaillible de vérité. Cet endoctrinement sert aussi à donner des outils aux membres qui pourraient être confrontés à des idées et à des paroles qui remettraient en doute leurs croyances. Muni d’une conviction inébranlable, le membre du groupe est alors prêt à affronter le monde entier – ou à se couper de sa famille, de ses amis, de son milieu, si ces derniers refusent d’accepter que c’est lui et son groupe qui ont raison.
  • Bien sûr, il ne faut pas oublier que les extrémistes ont un message à passer et qu’ils utilisent les TIC tout bonnement pour communiquer, comme tout le monde! C’est là une différence notable, par exemple, entre les formes classiques de terrorisme et ses formes actuelles: alors qu’auparavant le groupe devait peiner, menacer, espérer que son message – souvent sous la forme d’un « manifeste » ou de « revendications » – soit diffusé dans les médias traditionnels, avec les TIC, ce sont plutôt ces médias qui sont en queue de train, réduits à suivre la diffusion directe du message des extrémistes sur Internet. Cela est important parce que, comme il est dit souvent, le terrorisme est constitué de 10 % de violence et 90 % de message. C’est un combat « asymétrique » où le groupe violent n’a absolument aucune chance de gagner militairement. Mais affranchis du besoin de recourir aux médias traditionnels, les extrémistes et les terroristes mènent désormais le bal de la communication et de la propagande.
  • Enfin, les groupes violents utilisent également Internet pour organiser leurs actions. – Pour des raisons évidentes, cette facette reste cachée et réservée aux participants. C’est à la fois la cible la plus importante des policiers et celle qui est la plus difficile à identifier et à analyser.

La réalisation de tous ces objectifs a des conséquences sur la sécurité du public, à plusieurs niveaux. Des jeunes sont embrigadés par de la propagande et par de belles promesses de récompense, de valorisation, de participation à un combat épique et historique, et y perdront leur vie ou finiront en prison; des attaques feront des victimes au Canada ou à l’étranger.

Le terrorisme reste une activité extrêmement rare au Canada (statistiquement, chaque année plus de Canadiens sont tués par des orignaux que par des terroristes) mais, justement, ses actes terrorisent et affectent ainsi indirectement le tissu social de même que la politique fédérale, provinciale et municipale. Au bout du compte, le terrorisme transforme la société.



Catégories :2015-2016: Radicalisation et extrémisme violent sur le net, Exposés

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